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La Denis-mesure : Biomécanique d'un coup puissant

Crédit photo : Vincent Éthier 
 
7 juin 2017
Par : Patrick Denis 
 
À la fédération on cherche constamment des façons d'améliorer notre service de multiples façons. Je cherche personnellement de nouveaux moyens pour améliorer le soutien aux entraîneurs et aux boxeurs de par diverses actions. L’une d’elle est la création d’une série d’articles sur différents sujets. Le but étant de livrer ma vision/compréhension (d’où le jeu de mot avec mon nom pour le titre de la série d’articles) de certaines choses afin de favoriser les échanges entre les intervenants du milieu de la boxe et procéder ainsi à un meilleur transfert des connaissances.
 
Pour ceux qui ne me connaissent pas ou peu, voici une courte présentation. Je suis détenteur d’un baccalauréat en kinésiologie et je possède également plusieurs autres certifications et diplômes dans le domaine de l’entraînement dont le diplôme avancé en entraînement en tant qu’entraîneur hautes performances émis par l’Institut Nationale du Sport du Québec. J’ai maintenant plus de 20 ans d’expérience dans le milieu de la boxe, d’abord comme athlète et maintenant comme entraîneur depuis plus de 10 ans déjà. Depuis octobre 2010 je travaille pour la Fédération québécoise de boxe olympique et occupe présentement le rôle de directeur technique.
 
Pour le premier article j’ai décidé de parler de la biomécanique du coup de poing pour développer un maximum de puissance en me basant sur une séquence du dernier combat d’Adonis Stevenson contre Andrzej Fonfara samedi dernier. Ceci ne demeure qu’un survol du sujet durant lequel je me permets d'apporter quelques éléments pour mieux comprendre comment Adonis a exactement envoyé cette fameuse gauche qui aurait aussi endormi un bon pourcentage de boxeurs. L'idée ici n'est pas de faire une analyse biomécanique exhaustive mais plutôt d'émettre au minimum mes réflexions.
 
Je me suis penché sur le coup de poing avec lequel Adonis a ébranlé son adversaire dans les derniers moments du premier rond à la 1re seconde de cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ZunnlQRhatA. Tout d'abord pour ce qui est du déploiement de la puissance j'aime utiliser l'image de chaîne de rotation entre trois (blocs) parties du corps : le tronc, les hanches et les pieds. J'élabore sur les épaules/bras plus loin. ''Knocker'' quelqu'un uniquement avec l'utilisation des muscles de l'épaule et du bras est beaucoup plus rare que certains pourraient être portés à croire et ce n'est pas la situation dans ce coup d'Adonis. Même le fameaux KO de George Foreman contre Micheal Moorer, contrairement à ce qui était facile de croire sur le coup, était loin de l’être. https://www.youtube.com/watch?v=U0SONoA5L1g
 
Il est en effet très difficile de développer une puissance élevée qu'en utilisant seulement les épaules. Il faut plutôt chercher cette puissance dans la chaîne de rotation du tronc, non des épaules, et, par le fait même, des muscles abdominaux obliques en concentrique. Toutefois, l'implication des épaules demeure tout de même hyper importante. C'est d'ailleurs une des lacunes techniques des débutants concernant l'utilisation des épaules à leur plein potentiel, à la fois pour utiliser la pleine amplitude/longueur des membres supérieurs (plus longue portée) et pour aller chercher plus d'impact.
 
Ceci étant, en visionnant le vidéo, et même à la vitesse normale, il est clair que la puissance est aussi venue de la rotation des hanches grâce à un mouvement que j'aime qualifier de "violent" : ultra rapide. Dans la chaîne du mouvement Adonis a donc jusqu'ici utilisé deux "blocs" et non un seul. On le voit par sa rotation des hanches. Celle-ci est presque complète on ne parle donc pas ici que d'une minuscule implication des muscles utilisés pour faire cette rotation. On peut aussi ajouter que le champion a, de plus, eu recourt aux caractéristiques plyométriques de ce groupe de muscles. On le voit de par son déplacement plus rapide vers l'arrière (ici Adonis a installé un piège et Fonfara a sauté dedans) avant de subitement arrêter, se stabiliser et "swinger" violemment ses hanches vers l'avant.
 
Bien qu'il boxait de reculons, il faut comprendre que ça ne prend qu'une fine fraction de seconde à un a tel athlète, surtout un athlète doté d'une telle capacité pour développer de la force rapidement, pour poser son pieds gauche par terre et envoyer le signal à ses muscles de faire cette chaîne de rotations. Bien synchronisée avec le mouvement du membre supérieur, ici son bras gauche, on voit que cette chaîne produit une puissance tout simplement phénoménale!
 
Avec les vidéos on ne peut pas voir s'il a aussi fait une rotation avec son pied gauche en contact avec le sol. Je serais porté à croire que non ou, si oui, que quelque peu. Ça ne changerait rien à l'explication de toute façon. Si on prétend que son pied n'a pas tourné, qui n'a donc pas aidé par le fait même à la rotation des hanches, on pourrait (très) grossièrement, et surtout de façon imagée, dire qu'Adonis n'a utilisé que 66% de sa capacité maximale de puissance. Il faut comprendre que chacun des blocs de cette chaîne n'a pas une valeur égale aux autres et qu'en réalité ça va dépendre du moment et de la situation précise du coup et également que c'est propre à chaque personne. Je me permets de croire qu'Adonis aurait probablement fermé les lumières de Fonfara à ce moment précis si celui-ci n'avait pas réussi à le déséquilibrer avec sa droite.
 
Il est aussi vrai qu'il faut tenir compte des épaules quand il est question de coup de poings. Par contre cette action n'est pas vraiment une "rotation" de cette articulation mais plutôt une flexion. Au niveau du bras impliqué, les muscles recrutés par cette action sont principalement le grand pectoral et le deltoïde antérieur. En effet, lorsque le boxeur frappe devant lui il provoque une flexion de l’épaule faisant travailler le deltoïde antérieur et le grand pectoral sternal en concentrique. Les pectoraux, au moment des frappes, auront aussi comme fonction d’immobiliser l’articulation scapulo-humérale. L’extension du coude est ensuite compléter par le triceps brachial, encore une fois, en concentrique.
 
Pour en finir avec l'épaule, et pour revenir avec mes explications plus haut, l'erreur technique (je dirais surtout que ça vient d'une mauvaise compréhension des muscles impliqués) de la plupart des débutants c'est que ceux-ci ne relâchent pas les muscles antagonistes de ceux mentionnés plus haut. Pour simplifier, lorsque je frappe il y des muscles nécessaires à cette action mais il y a aussi ceux nécessaires à l'action contraire. Pour développer le maximum de puissance avec un coup de poing il faut que je sois en mesure de relâcher ces muscles antagonistes sinon ceux-ci ne vont que retenir le mouvement, créer une certaine résistance. C'est ce qu'un athlète tendu et mal préparé aura de la difficulté à faire. Ceci est une des raisons pourquoi les athlètes professionnels et de haut niveau devraient tous avoir un bon massothérapeute sportif. Ils doivent aussi connaître leur propre corps et posséder ces connaissances pour mieux se préparer durant les heures avant un combat afin, entre autres, de limiter au possible les tensions nuisibles.
 
Pour conclure, le plus impressionnant pour moi dans cette claque d'Adonis c'est qu'il venait d'être mis en déséquilibre par la droite de Fonfara reçue en plein visage ce qui aurait été suffisant pour briser la fameuse chaîne de rotation dont je parlais plus tôt chez bon nombre de boxeurs. Ceci démontre à quel point il possède également toute une force au niveau du ''core'' et qu'il n'est pas à la veille de perdre sa puissance.
 
Même en n'étant pas 100% stable Adonis Stevenson est capable d’assommer un cheval d'un seul coup de poing. C'est ça qui montre à quel point il est dangereux à tout moment et que même si ses autres attributs ne sont pas toutes de qualité AAA ça en fait assez pour pouvoir coucher n'importe qui, n'importe quand, n'importe où et, on l'a vu, n'importe comment. Une personne qui pari sa maison contre Adonis est à un seul coup de poing de tout perdre même sans le recevoir.